opinions par andree salibi

12 mars 2010

Une Femme,

Publié par andreesalibi dans Non classé

  

« Là où on s’aime, il ne fait jamais nuit ». 

C’est elle qui pose sur nous ce premier regard d’amour intense, qui sera tout au long de notre vie, notre marque, notre unicité et la force d’y croire. C’est elle qui s’oublie depuis ce jour, nous offre tout ce qui est en son pouvoir, pour nous voir heureux et comblés. 

C’est dans ses bras réconfortants que nous cherchons refuge, dans les moments désespérés de nos vies, pour soigner nos blessures, nous remettre de nos chagrins. C’est dans ses yeux que nous nous flattons, comme dans un miroir magique, une illusion optique de mère, son enfant beau comme un dieu. 

C’est en plongeant dans son regard, que nous savons que le monde n’est pas cruel, que l’amour existe encore, rien que dans ces beaux yeux couleur miel, et son sourire de velours. C’est de ces mains bénies, fatiguées de tant donner, mais tendues vers nous sans cesse, qu’il nous semble doux de recevoir. 

C’est ce corps majestueux, qui se courbe de jour en jour, qui confirme sans cesse, cet engagement sacré, ce serment d’amour éternel. C’est son cœur qui bat la tendresse et la conciliation, qui nous veut unis autour d’elle, qui nous rapproche et nous veut solidaires, malgré et contre tout. 

C’est sa voix qui nous conseille, adultes et enfants que nous soyons, dont on fait notre guide fidèle, notre conscience, notre chanson. C’est elle qui nous attend tous les soirs, même si nous ne rentrerons pas, qui attend quand même avec patience, sa raison d être, son âme, son soleil, son enfant. 

C’est elle qui multiplie les prières, à notre demande ou pas, pour une réussite, une guérison, un danger, une trahison, même un caprice ou une bagatelle, qui nous concerne, ont de l’importance à ses yeux. C’est elle le noyau de la famille, l’aimant qui nous attire tous, c’est notre bercail familial, notre rivage, notre repos. 

C’est elle la gardienne fidèle du passé, de nos cœurs, de nos souvenirs ; c’est notre identité, notre étoile, un don précieux de Dieu. C’est elle les fêtes, les joies, les traditions. 

C’est elle les dimanches animés, les plaisirs de la vie, les caprices des enfants. Rien que la regarder s’occuper de nous me flatte, me comble, m’enchante. 

Rien que l’admirer dans son rôle de grand-mère, me réjouit. Rien que savoir qu’elle existe me réchauffe le cœur. 

Rien que vieillir comme elle, en beauté, je le convoite, Une femme comme toi maman ! 

Andrée Salibi 

8 mai 2012

Douce France,(1)

Publié par andreesalibi dans Liens

 

 

Durant la cérémonie de passation des pouvoirs entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, l’émotion était au rendez-vous. Une page de l’histoire s’était tournée sous nos yeux. Un grand homme, un président ami du Liban quittait l’Elysée dignement avec « la fierté du devoir accompli », laissant officiellement la place à nouveau président. Mr Sarkozy confirme sa volonté de servir la France, « qui lui a tout donné ». Il s’engage avec toute l’ardeur de la jeunesse à servir tous les Français,  à conduire la France toujours vers l’avant. Un grand moment, une ambiance  de neuf, un souffle de jeunesse, des rêves géants caractérisent ce jour-là. Une France libre, indépendante et souveraine s’annonçait, ainsi le souhaite son jeune président entouré de sa famille et de ses amis.

En cette journée du 16 Mai, lors de cette investiture, pris par des sentiments spontanés d’appartenance à la France,  des Libanais comme moi, sont restés scotchés à leur petit écran. Cette longue fraternité passée, cet amour sincère de la France inculqué par nos parents ont fait rejaillir dans nos cœurs une foule de sentiments. J’ai revu mes premières années scolaires et la place majeure qu’occupait la  langue Française,  mes premiers poèmes retenus et  récités avec aisance. J’ai revu les activités de l’été au Centre culturel français, les visites matinales pour échanger des livres de lecture. Cet accueil chaleureux des missionnaires français, cette ambiance intellectuelle, cette politesse, ces « Bonjour Mademoiselle » et je n’avais que 8 ans, je les garde précieusement en mémoire. Aussi, les sessions du CCF destinées aux professeurs, pour des méthodes d’enseignement modernes, nécessitaient la présence d’élèves privilégiés. Un prix de diction à la fin d’une de ces sessions m’a été remis par la mère supérieure de mon établissement scolaire. Je me souviens aussi du « signal » que nos parents faisaient circuler parmi nous, mes frères, mes sœurs et moi, pour nous obliger à causer cette douce langue. Ce petit objet banal qui ne valait rien au départ retrouvait toute sa magie, le temps d’une compétition. Le gagnant de la semaine, recevait en cadeau des livres en français. Oui, la francophonie me colle à la peau, elle me fascine. Quoique disent ou pensent les autres, il est impossible de détourner notre estime et notre gratitude vers d’autres horizons. Le passé glorieux qui nous unit à la France est réel, notre avenir ne peut que passer par elle. Elle reste notre dernier espoir de paix et de salut.

Le pèlerinage présidentiel de Sarkozy, escorté par la garde républicaine quelques heures après son investiture fut touchant. Sa visite au tombeau du Soldat inconnu pour y raviver la flamme, puis aux monuments des martyrs de la Résistance française du bois de Boulogne, étaient le reflet de son caractère déterminé. Des honneurs solennels ont été rendus à  ces martyrs communistes, « qui ont su dire non à la soumission » lors de l’Occupation, face à la cruauté nazie. « Ce non, continuera d’être entendu, bien après leur mort, parce que ce non, c’est le cri éternel que la liberté humaine oppose à tout ce qui menace de l’asservir » a déclaré le nouveau président.
La lecture des noms de ces héros de la Résistance, assassinés  en 1941 au Bois de Boulogne, l’évocation de leur souffrance, de leur longue agonie ont  révélé les qualités de cœur de Sarkozy. La lettre d’adieux de Guy Môquet, âgé de 17 ans et demie, à ses parents, la veille de son  assassinat par la « Gestapo », a été lue par une lycéenne. Cette lettre sera relue dorénavant dans tous les lycées français, en début d’année, pour raviver ce souvenir. C’est une invitation aux jeunes Français à mettre  fin aux guerres et à tout acte barbare. C’est une éducation à servir la France, à l’aimer, sans pour autant haïr les autres pays voisins. La visite en Allemagne, dans les heures qui ont suivi, confirme une volonté de vivre, d’aimer, d’avancer loin des haines et des guerres. Sarkozy l’a si bien dit : il se battra, corps et âme, pour une France forte dans une Europe unie.

Comment ne pas déplorer notre sort en comparant ces grands moments à ce que nous subissons en ces jours obscurs. Combien de «  Guy Môquet », martyrs de mon pays, n’ayant jamais été honorés, attendent toujours l’hommage qui leur est dû ou un minimum de respect, pour enfin reposer en paix. Comment ne pas regretter d’être né dans ce coin de la planète, dans cette jungle confessionnelle, aux innombrables problèmes ? Comment apprendre à se détacher de cette terre tant aimée, pour  que notre vie ne soit plus perdante, pour que nous ayons droit à un peu de bonheur ? Si les consciences pourraient se réveiller, le Liban pourrait lui aussi devenir, à l’image de la France, une terre de salut. Si seulement les Libanais se décidaient à partager une même vision, pour construire enfin leur nation.

Merci Mr Sarkozy`pour cette journée de gloire. Merci de m’avoir donné l’espoir  que tout changement reste possible. Seulement les miracles Mr le Président, il faudrait surtout y croire.

 

Andrée Salibi

8 mai 2012

Chicago ou la Majesté!

Publié par andreesalibi dans Liens

 

« Make no little plans; they have no magic to stir men’s blood. » Daniel H. Burnham,

 

 

À Lisa ,

 

 

 

Dès votre arrivée, cette ville vous  attire et vous séduit. A la fois, austère et délicate,  agitée et paisible, elle vous émerveille et vous attendrit. The City of big shoulders (Ville laborieuse), the Windy city (la seule incommodité de cette ville), the second city, the biggest, the greatest (après New York), autant d’appellations for such a wonderful city!

Ville aux multiples visages culturels, à l’histoire fascinante, elle comble tous les goûts tout en se caractérisant comme ville américaine unique.

Au XVIIème siècle, le Québécois Louis Jolliet eut l’idée de relier l’atlantique au golfe du Mexique, pour former le chainon du réseau navigable. Plus tard, son rêve se réalisa et Chicago devint ce centre tant souhaité vers lequel confluent tous les produits de  toute l’Amérique. Son aéroport O’hare, le plus animé du monde, lui transmit aussi son importance commerciale. Elle devint  la métropole de l’état de l’Illinois, le lieu de désignations des hommes politiques, la patrie des peuples Afro-Américains à la musique traditionnelle, des peuples Latino-Américain, Polonais, allemands, juifs, Irlandais, Ecossais, Italiens, Asiatiques et  tant autres.

Mais Chicago fut complètement avalée  par les flammes de l’incendie de 1871. Ses maisons en bois furent réduites en cendres. Elle fut reconstruite entièrement, mélodieusement par de grands architectes  et le résultat fut magistral. Ils ont osé toutes les formes, offert toutes les audaces, pour une architecture moderne grandiose. Leur travail fut, parfait, indélébile et irréprochable. Chicago devint la capitale mondiale de l’architecture moderne et porte fidèlement leurs noms. Je cite Daniel H.Burnham, John M. Van Osden, Edward Burling, Peter B.Wright et W.W.Boyington, Louis H. Sullivan et son élève Frank Lloyd Wright.

Daniel H. Burnham est l’architecte bâtisseur qui donna à Chicago son importance d’aujourd’hui. Il fut  derrière la  « Words Columbian Exposition de 1893 » et le plan révolutionnaire d’urbanisme de 1909  de Chicago. Son plan devint une référence de la progression de cette ville. Tout y est planifié, réalisé et respecté pour fluctuer le chaos en ordre et pour décongestionner la circulation de la ville.   Le réseau de parcs, le réseau des rues, les voies rapides, le système ferroviaire, les institutions culturelles, l’organisation des rues et avenues sont des  exemples réussis de son plan visionnaire.

Frank Lloyd Wright est pour certains le plus grand architecte de Chicago. Entre 1989 et 1909 il construisit « la prairie house », il n’avait que 22ans. Sa maison à Oak Park,  porte ce style nouveau  par excellence. Le « style prairie », est un style aux lignes horizontales, aux paysages plats. C est un langage architectural nouveau, organique, inspiré des maisons japonaises et de la vie rurale de la prairie de Chicago. Il s’oppose à la construction suburbaine. La plupart des maisons de Wright « style prairie » ne se trouvent pas dans la  prairie, mais dans la banlieue chic de Chicago (Oak Park). Le foyer de la cheminée dans ces maisons est le centre principal de ces constructions, vu l’importance et la commodité du réchauffement que ca procure et autour duquel gravitent tout le reste. Les vitraux des portes et des façades  sont chez lui des éléments décoratifs répétés. Ce sont des écrans transparents,  rectangulaires aux formes géométriques colorés, aux motifs simples de drapeaux américains, de ballons, de damiers, qui relient si bien l’extérieur à l intérieur.

Des chicagoens célèbres il y en a beaucoup ; Barak Obama, Hillary Clinton, Raquel Welch, Oprah, le romancier Nelson Algren qui fut l’amant de Simone de Beauvoir (elle lui dédia son livre paru en 1997 chez Gallimard « Lettres à Nelson Algren : un Amour transatlantique »), Louis Armstrong qui apporta à Chicago son titre de capitale mondiale du jazz, Muddy Waters. Al Capone le gangster (il ordonna le Massacre de la saint-Valentin, pour se débarrasser de sept membres du gang). Walt Disney le pionnier de l’animation, Marshall Field le marchand qui créa les grands magasins (son slogan connu «Give the lady what she wants ». Enrico Fermi l’auteur du réacteur nucléaire qui mena à la première bombe atomique prix Nobel de physique). Hugh Hefner et  son fameux magazine playboy qui porta en son premier numéro la photo de Marilyn Monroe, Charles A.Comiskey et son premier match de baseball et son équipe White Sox de Chicago. Richard Sears et son entreprise de vente par correspondance et tant d’autres. Le détecteur de mensonges, la fermeture éclair, la grande roue, le métro aérien, les patins à roulettes, les restaurants McDonald’s sont parmi les nombreuses  inventions de cette ville.

Le littéraire Ernest Hemingway aussi est un chicagoen écrivain romancier d’Oak Park. L’ensemble de son œuvre fut couronnée par le fameux prix Nobel de littérature en 1954. Les visites de sa maison de naissance et du Musée qui porte son nom sont attrayantes. Sa brillante carrière littéraire fut dessinée lors de son travail de reporter et lors de la création de célèbres œuvres dont L’Adieu aux armes en 1929, qui est le chef d’œuvre de son travail :

« Le monde brise les individus et chez beaucoup il se forme une cal à l’endroit de la fracture ; mais ceux qui ne veulent pas se laisser briser, alors ceux-là le monde les tue. Il tue indifféremment les très bons et les très doux et les très braves. En regardant le corps sans vie de Catherine, Frédéric comprend que la mort est la fin de toutes choses et qu’un homme ne peut rien faire d’autre que de la subir. Il n’y a pas d’amour heureux chez Hemingway. »

En prononçant le nom Chicago, le lac Michigan suit, la Michigan Avenue aux  rues tapissées de plantations éclatantes de couleurs et de  formes et le Michigan Avenue Bridge,  qui est un pont levant sur la rivière Chicago, traversé par la Michigan avenue.

Le lac Michigan est l’un des cinq grands lacs d’Amérique. Il est situé à la frontière américo-canadienne. C’est le seul lac situé complètement en territoire américain et les chicagoens lui vouent un culte absolu. Aucune construction à ses bords n’est tolérée. De superbes jardins et plages s étendent sur toute sa longueur. En 1990, la rivière puante de Chicago, ou « stinking river », qui passe dans le centre ville  fut l’objet d’un grand nettoyage dans le cadre du projet d embellissement du maire de Chicago, Richard M. Daley. Elle déversait ses eaux usées dans le Michigan et le polluait, polluant aussi l’eau potable de Chicago. La solution fut l’inversion du cours de son eau au moyen d’une série d’écluses,  vers le golfe du Mexique. On reconnaît la rivière Chicago grâce à la tradition  de teindre ses eaux en vert pour la Saint-Patrick.

Le Loop au bord du lac Michigan est le deuxième plus important quartier d’affaires des Etats-Unis après Midtown Manhattan à New York.  Il abrite de nombreux gratte-ciel dont Home Insurance Building, le premier Gratte-ciel au monde et Willis Tower ou Sears tower, le plus haut gratte-ciel du monde jusqu’à 1998, dépassé après par Taipei à Taiwan, et Burj Khalifat à Dubaï.

Chaque année au mois de Mai, après un hiver rigoureux, la Michigan avenue se réveille et atteint  sa beauté divine. Les tulipes, les jonquilles, les muguets, les iris, les magnolias, toutes les fleurs du monde  ont  bien choisi leurs domaines. Elles s’alignent et  se dressent orgueilleusement procurant aux passants des émotions intenses. Une rue qui  se noie dans des allées illimitées de boutiques à l apogée de la mode, animée par un vent nouveau d’élégance.  Un farniente garanti, sous les yeux protecteurs de son lac prodigieux et des Dieux de l’urbanisme et de l’esthétique. Une sensation de quiétude sur terre tant les paysages sont beaux. Une impression d être proche du ciel tant les yeux restent levés vers les gratte- ciel aux maintes formes qui  nous captivent et nous charment.

Le Grant Park ou le Lake Park (porte le nom du président des Etats-Unis, Ulysses S.grant) fut  exempt de constructions. Son architecture fut confiée aux frères Olmsted qui sont les architectes du Central Park de New York, et le parc du Mont-Royal à Montréal. Le Grant Park est le lieu de festivité des chicagoens,  des manifestations et des rencontres sportives ou autres.  350000 fideles ont assisté à la messe célébrée par le pape Jean-Paul II en 1979 à cette même place.

La Worlds Columbian Exposition de 1893, que j’ai déjà mentionnée,  entraina la naissance de plusieurs institutions culturelles sur son terrain, dont l’Art Institute of Chicago. C est la plus grandiose construction du Grant Park et l’un des plus beaux musées américains. Il est gardé, des deux  côtés de son escalier central, par deux gigantesques Lions en bronze d’Edward Kemeys, devenus les symboles de cette institution. Ce musée est la ferveur de Chicago autant qu’il contient des trésors et  richesses, une vaste collection et rétrospective de l’histoire de la peinture européenne depuis le XVème siècle jusqu’à nos jours.  De Botticelli À Chagall, Rubens,  Poussin, Rembrandt, Delacroix, Matisse, Dali, Magritte et tant d autres. Ce musée est tenu par un comité dynamique qui varie tous les jours les expositions et les maintes activités culturelles. Multiculturel, il abrite sous le même toit l’art Africain et Amérindien, l’art d’Amérique son architecture et design, l’art d’Asie et de l’antiquité, l’art Contemporain, les arts décoratifs d’Europe, les peintures et sculptures Européennes du Moyen-âge à l’époque Moderne, de la photographie, des textiles, des gravures et des dessins. Le visiteur ne fait pas d efforts, mais il tombe sous son charme, revient tous les jours pour admirer encore et encore les plus grandes pièces d’art et œuvres de maîtres.

Le millenium Park prolonge le Grant Park au nord. C’est le plus beau Parc urbain qui a remplacé et recouvert les voies de chemin de fer, qui enlaidissaient auparavant cette place. Il a contribué lui aussi à l’image de marque de la ville de Chicago. Plusieurs équipements très impressionnants lui donnent son dynamisme et son succès. La McCormick Tribune Plaza and Ice Rink, la sculpture Cloud Gate, les couloirs Boeing Gallery north, le Boeing Gallery South qui accueillent des sculptures monumentales.

Dans ce texte, je n ai pas parlé de tout Chicago, il est impossible de le faire, mais juste de la partie que j ai connue et que j’ai tant aimée. Malgré ma lassitude du moment,  Chicago m’a reçue à bras ouverts et je suis vite tombée sous son charme. Là-bas le stress disparaît, c’est un autre monde.  Là-bas le cadre est si beau que nos idées changent, se renouvellent et  se plaisent. Là-bas les chicagoens sont corrects, confiants et serviables. Là-bas la curiosité est intense, il reste beaucoup à apprendre. Là-bas le temps a  suspendu son cours, il avance à notre rythme. Là-bas les caractères s’adoucissent,  les sourires se dessinent, des gens heureux nous  entourent. Là-bas la beauté est démesurée, l’art est panaché,  la culture est à la portée de tous.

 

Andrée Salibi

15 février 2011

La femme libanaise.

Publié par andreesalibi dans Liens

La guerre civile a modifié la femme libanaise. Ayant beaucoup souffert, elle a changé de visage et de caractère. Les Libanaises n’ont plus un profil commun mais elles différent les unes des autres selon les contextes dans lesquels elles ont évolué. La libanaise était arrivée depuis plus de deux décades à se prouver égale à l’homme, puisqu’elle avait exercé brillamment tous les métiers. Elle était même parvenue à assumer en plus de son travail, les tâches domestiques, l’éducation de ses enfants et son rôle social aux côtés de son époux. Son salaire quoique modeste, lui permettait d’améliorer la situation financière de son foyer. Elle continuait malgré ses nombreuses responsabilités, à se parer de toutes les qualités de cœur et d’esprit et donnait de la tendresse et de l’amour où elle se trouvait en sauvegardant ses principes, et en obligeant son entourage à la respecter. Mais la libanaise ne réalisait pas l’instabilité de sa condition. Elle se contentait de réussir dans le monde du travail, de gagner sa vie et de savourer sa liberté. Tout allait très bien tant que la vie lui souriait. Ce n’est qu’au moment où des difficultés surgissaient qu’elle réalisait la précarité des lois qui la protègent. C’est face à un divorce, à une succession, à une demande de nationalité, à un droit de tutrice sur ses propres enfants qu’elle se savait dépourvue de droits, diminuée et surtout révoltée face à l’indifférence des autorités civiques et religieuses .    La solidarité féminine est nécessaire, pour que toutes les femmes libanaises, à quelque milieu qu’elles appartiennent, puissent sortir du silence, exiger leurs droits et bénéficier de leur libération totale.  La participation maximale des femmes, dans tous les domaines et à égalité avec les hommes, contribuerait à l’installation de sa confiance dans les lois qui la protègent. 

L’accès au pouvoir de la femme libanaise durant ce mandat serait plus que nécessaire. Sa présence dans la vie politique devrait être accentuée, pour mettre fin à ses endurances. Cependant son accès au pouvoir devrait être dans le seul but d’améliorer la condition de ses consœurs et d’effacer les obstacles de leur émancipation ; c’est surtout dans le but de placer chacun devant ses responsabilités, et le pays, et le gouvernement.  Il faudrait donc créer un ministère de la condition féminine et établir une parité hommes- femmes au parlement en fixant un quota pour les femmes. Ce ministère devrait travailler pour changer les mentalités. Il devrait œuvrer à annuler les lois discriminatoires à l’encontre des femmes : Les lois pénales, celles relatives a l adultère, au crime d’honneur, à la nationalité que seule le père donne à ses enfants, et les lois relatives au statut personnel et tant d’autres.  Tous les libanais doivent contribuer à un réel changement. Le préjudice psychique et physique causé aux femmes est tellement grand qu’il faudrait un travail de rééducation au niveau des individus. Un travail houleux pour de nouveaux projets de lois est donc nécessaire.  Il faudrait aussi et surtout instituer le mariage civil pour libérer la femme du joug des lois confessionnelles et de l’iniquité des jugements des tribunaux religieux face au divorce. La femme nous le savons bien n’est pas protégée dans ce domaine, elle subit incessamment l’abus de pouvoir face à l’impartialité des tribunaux religieux et à leurs procédures utopiques.  L’iniquité rencontrée dans ces tribunaux est énorme car souvent ces tribunaux protègent la raison du plus fort, qui est celle de l’homme, le plus riche et donc le plus puissant. La communication est donc fondamentale pour construire ensemble l’humanité de demain. Pour que le jour se lève enfin sur des êtres égaux, dignes et respectables, qui acceptent les différences, qui expriment le désir de vivre ensembles, de fonder des familles solides et de construite des nations. Les femmes ne devraient plus être des éléments faibles et réclamer une protection spéciale. Elles ne devraient plus avoir besoin de tuteur, de pitié ni d’aumône.« La bienveillance universelle, c’est que chacun vive de son travail et non du travail d’autrui. Hors l’échange et la solidarité tout est vil, honteux, infécond. La charité humaine c’est le concours de tous dans la production et le partage des fruits. » Anatole France.

C’est un honneur pour l’homme d’aider à la libération définitive de sa partenaire, celle grâce à laquelle il existe, il se connaît et il aime. C’est un devoir urgent pour la femme de se libérer et d’exiger et imposer tous ses droits. 

Andrée Salibi

11 octobre 2010

Sauver ou Périr,

Publié par andreesalibi dans Liens

Sauver ou Périr,

 

Rien ne coûte plus cher que le dédain des origines. REGIS DEBRAY 

 

 

Encore des événements insensés, des contradictions flagrantes, des trahisons qui entravent toute solution de la crise Libanaise. Une dégénérescence sans pareille de la classe politique, un abâtardissement sans précèdent, une décadence, une insolence et une légèreté qui nous laissent perplexes.

Des responsables élus par le peuple s’emparent du pouvoir et trahissent la confiance des libanais ; le Liban n’étant plus leur priorité, chacun œuvre pour ses appartenances, pour ses intérêts  personnels et tant pis pour les dégâts. Un « chacun pour soi » destructif, un phénoménal désintérêt de la chose publique, une déficience institutionnelle dévastatrice.

Les Libanais sont de plus en plus inquiets sur leur sort, ceux qui les gouvernent étant tous manipulés de l’extérieur. Un panorama absurde se dessine: Un gouvernement, un Parlement et une présidence paralysés qui n’offrent plus rien au peuple mais qui continuent à rafler droits et privilèges; Une opposition audacieuse et machiavélique, qui ne manque pas de moyens pour bloquer la démarche normale de la vie  politique ; Un peuple appauvri, assoiffé  de vivre, sceptique qui se traîne tous les jours et qui essaye de vivre en marge de la situation.

 Comment réveiller les consciences et œuvrer à la reviviscence du Liban ? Qui parmi ces gouverneurs fonde-t-il ou consolide- t- il la démocratie ? Qu’en est-il du prodige libanais, du Liban message, du Liban indépendant et uni, du pluralisme, de la coexistence ? Cette vertu qu’est l’amour de la patrie étant carrément absente ces dernières années, toutes ces attributions deviennent anodines. Un mot de passe imposé : pas d’entente libanaise avant la solution régionale de la crise du Moyen-Orient. Un bouc émissaire pour semer continuellement la discorde: le tribunal international. Des actes ignobles,  des propos abracadabrants et des insultes tous les jours pour détourner le peuple du vrai problème.

Mais quel genre de solution régionale nos politiciens prévoient-ils? Sera-t-elle à l’image de la guerre civile déclenchée en Irak? Osent-ils faire confiance aux grandes puissances, les Etats- Unis surtout et espérer des solutions radicales à nos problèmes, après tous les massacres et  les crimes commis au nom de la liberté, en Corée, au Vietnam, en Afghanistan- et j’en passe? Est –il concevable, d’autre part d’offrir le pays sur un plateau d’argent à  la Syrie, après tant de sacrifices et de retourner à la case initiale d’avant le printemps de Beyrouth ?

 Une solution  reste cependant accessible, si les protagonistes, loyalistes et opposition, décidaient de mettre fin à toute ingérence étrangère et de planifier notre avenir en tant que Libanais. Ils pourront ainsi, unis par la même cause, reconstruire une nation libre, un État de droit où chaque communauté  aura sa place, avec ses différences .Car nul mieux que nous-mêmes ne peut œuvrer pour l’intérêt public, pour la prospérité de notre terre et la préservation de nos droits.

Aujourd’hui le Liban se détruit, il se noie devant nos yeux sans que nous puissions le secourir. L’avenir est incertain, ténébreux même et impossible a planifier. Le Liban demande la compassion de tous ses  fils pour se redresser et regagner sa place privilégiée au Proche-Orient et dans le monde. Et bien, il est temps que ces politiciens  fassent une seule fois preuve de probité pour sauver leur pays qui brillait jadis de mille feux et qui se meurt entre leurs mains, tiraillé par leurs intérêts contradictoires. Il est temps qu’ils soient animés d’un souffle nouveau, le souffle de la loyauté, de l’intégrité et du sacrifice. Il est temps de sauver ce qui reste, de prendre tous les risques pour gagner la bataille. Le Liban leur a tant donné ! Pour qu’enfin, nous jouissions de retrouver notre terre, et face à tous nos ennemis, nous pourrons répéter de vive voix, en choeur avec nos  cèdres millénaires, unis par le même souffle, guidés par la même flamme:

 

Aigles qui passez sur nos têtes, 

Allez dire aux vents déchaînés 

Que nous défions leurs tempêtes 

Avec nos mâts enracinés 

Allons !leurs plus fougueux vertiges 

Ne feront que bercer nos tiges 

Et que siffler dans nos cheveux ! 

 

« Alphonse de Lamartine : recueil : La chute d’un  Ange » 

 

 

Andree Salibi

11 octobre 2010

CA FAIT PEUR, NON ?

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«Ca fait peur, non?» a été crée par Jacques Villeret à Bobino en 1980. 

Ca fait peur, non? Si, ça fait peur!…On vit dans le désarroi et personne ne s’en soucie! Les parents vous appellent le matin et vous disent: « Salut, ça va, tout va bien, toujours en forme? ».Qu’est ce que vous voulez que je leur réponde, que je vais de plus en plus mal, que j’ai la tête lourde? Je leur dis avec une voix à peine audible : «Oui, ça va, merci, ça va bien, grâce à Dieu!» Parce que Dieu a pu faire grand chose ces derniers temps pour arranger les choses? Ca fait peur, non? Même Dieu trouve que c’est périlleux d’intervenir! Alors je quitte à la hâte la maison, et roule vers mon bureau! Des embouteillages! Ca y est, encore des routes déviées! Si je leur disais que tous les jours c’est comme ça, ils me diraient que j’exagère! Je promène mon regard autour de moi, pour trouver une issue, un échappatoire, un raccourci, rien! Juste des voitures délabrées, des chauffards empressés, des routes crevassées! Des billboards! Une dizaine de plus qu’hier me bloquent la vue! J’essaye de détourner mon regard pour ne pas lire! Impossible, les couleurs sont vives… Alors c’est parti, je me mets à lire en ne voulant plus rien rater! J’oublie d’avancer, on klaxonne, je reçois des insultes, je continue à lire…une contravention, deux, ça fait peur, non? Je lis encore « J’aime la vie, les tapis, les fleurs, le poisson…le diamant … » Ah! Moi aussi j’aime le diamant! Oui le diamant, si on me l’offrait bien sûr! Ça pourrait bien me remonter le moral un diamant! Mais le diamant qu’on nous propose là, il faudrait le payer! Voilà! Payer un diamant avec mon salaire minable?! Ca fait peur, non? Ils blaguent ! Ils nous taquinent avec leur diamant inaccessible, rien qu’à y penser, ça me révolte! La révolte, ça fait peur aussi! Alors je décide de regarder droit devant moi pour me redonner confiance! Ouf ! Ça roule, ça roule puis STOP! Le feu passe au rouge!! On continue de klaxonner pour que j’avance! Pourquoi? Hein, pourquoi? Ça fait peur non? Si je leur disais que le feu est rouge! Ils me diraient que c’est dans ma tête! Pourtant je ne suis pas daltonienne! Et puis qu’est ce qu’elle a ma tête?! Elle est normale ma tête! Je redresse ma tête et continue mon chemin! J’arrive enfin au bureau! Ca y est, première mauvaise nouvelle! Ça ne rate pas ! On vient de désamorcer une bombe, dans la même route que je viens de traverser! Ça fait peur, non? Si, ça fait peur! Dites moi que c’est dans la tête aussi?! Bon, il faut avant tout rassurer les parents! Je n’invente rien moi! En tout cas, ils le sauront du journal de huit! Sept appels, huit, neuf, les amis aussi, ma facture de portable gonfle! Les contingences! Ça fait peur les factures à la fin du mois! Mais bon, ça aurait pu être pire ! Aussitôt fait, je décide de faire mes exercices respiratoires pour me détendre, pour enfin entamer le travail! Mais comment se détendre au travail, il rend fou le travail, ça fait exploser le travail, les gens sont débordés au travail! Les compagnies risquent à tout moment de fermer, de virer les employés ! Ca fait peur de se retrouver sans travail! Un appel téléphonique, c’est pour moi, des appels se succèdent, je réponds! La banque!…elle ne patiente plus ma banque! L’assurance! Ça fait peur, non? Si, ça fait peur ! Si je tombe malade, ça fait même très peur sans assurance! C’est précieux la santé! Ces derniers temps je ne suis pas en forme! Aussitôt dit, la boule à l’estomac se resserre, elle chauffe et me monte au cœur! Ma respiration devient haletante! Je tremble même, j’ai mal partout! Je pense aux factures de portables, d’électricité, aux impôts, la mécanique, la banque, l’assurance et je passe…Si je leur disais que c’est intolérable de vivre dans mon pays, ils me diraient de trouver un divertissement! Un divertissement c’est une contrainte quand le cœur n’y est pas! Pascal dit que le divertissement nous fait arriver insensiblement à la mort! Qui parle de mort ? Mais vous savez, il faut bien être lucide pour arriver dans le précipice qui nous attend! Je dirais même  qu’il faut sentir venir le danger, sans avoir devant nous quelque chose qui nous empêche de voir! Des cartes par exemple! Ca fait peur, non ? Je fais les cent pas pour me donner du courage, pour oublier mes craintes, en répétant à haute voix « calme toi, tout va bien, tout s’arrange… » Ma collègue pousse la porte et rentre, je sursaute! Elle sursaute aussi en criant ! Ça fait peur, non? Si, ça fait peur ! Elle m’offre de l’eau pour me calmer, elle boit, elle aussi ! Elle m’a surprise en pleine conversation avec moi-même, pourvu qu’elle l’oublie! J’évite de la regarder en face et me replonge dans mes dossiers! Elle me parle de manifestation, pour changer de sujet! On m’en a déjà proposé trois le même jour! Je ne sais quoi dire, ça me fait peur les manifs! C’est dur de prendre position! Ca me fait peur de prendre position en ces temps! Et puis la foule m’étouffe! J’évite de m’engager, je préfère rester chez moi! C’est toujours plus sûr! Bon, suite à tout ça, la journée passe bêtement et personne n’a envie de travailler! Le soir, sur le chemin du retour, sachant qu’une journée ratée s’ajoute à mon calendrier, je réalise la nullité de ma qualité de vie ! Ca fait peur non ? Si, ça fait peur! C’est atroce d’assumer tout ça! Arrivée chez moi, pas d’électricité, je me calme, je me maîtrise, je monte l’escalier en traînant mes pas ! J’ouvre ma porte, le téléphone sonne, c’est mon fils du Canada! Son accent a changé! Ca fait peur, non? Je lui parle doucement, il pense venir passer quelques jours pour nous voir ! Venir? Quelle horreur! Nous voir ? Et qu’y a- t- il à voir à part le chaos ? Ca fait peur de savoir que son fils qui a échappé par chance à notre destin, pense revenir! Je lui invente mille prétextes, et raccroche le cœur gros! Le soir, triste dans mon coin, n’ayant envie de rien, je zappe devant la télévision pour éviter les talk-show, les nouvelles mensongères, les prédictions macabres! Impossible d’y arriver, ils nous collent à la peau! J’éteins la télé et reste immobile dans l’obscurité ! Si je leur disais demain que c’est invivable mon pays, ils me diraient que je m’imagine! Parce que ma journée est de l’imagination! De l’irréel! Je préfère ne plus y penser et rentre me coucher! Je pense encore à mon fils! Et s’il avait vraiment besoin de nous voir! CA FAIT PEUR NON ? Ca y est, je ne peux plus, ma tête me fait mal ! J’avale des comprimés avant de m’étendre! Je ferme les yeux en récitant ma prière… Enfin, je me détends… Je me réveille en sursaut, un cauchemar me hante! J’ai peur! Mon cœur lâche, je sens mon cœur qui me lâche! Ça fait peur non? Si, ça me fait toujours peur! C’est déjà DEMAIN! Je rentre me préparer pour être à l’heure!!!

Andree Salibi

11 octobre 2010

Sacrée Audace,

Publié par andreesalibi dans Liens

  

« C’est dans vos coeurs insatiables, rongés d’envie, d’avarice et d’ambitions, qu’au sein de vos fausses prospérités les passions vengeresses punissent vos forfaits »Jean Jacques Rousseau.

Quelle audace que de s’obstiner à sauvegarder  les mêmes ambitions, de gouverner malgré un échec flagrant à gagner la confiance des Libanais. Ils dissimulent depuis plus de trente ans leur intention de s’emparer du pouvoir, sous des apparences de tolérance, d’ouverture et de pardon. Ils prétendent édifier la nation en la démolissant, rassembler les différentes confessions en les dispersant, accepter les uns en rejetant les autres. Ils ont creusé un gouffre entre les libanais,  n’ayant pas pu tout au long de leur campagne, consolider l’entente, la confiance et par conséquent la démocratie.

 Leur désir est tel qu’ils ne laisseront personne gouverner à leur place, convaincus d’être les seuls et uniques messies capables de sauver le pays. Ces responsables qui se heurtent et se déchirent manquent d’imagination. Leurs attaques fermentent sans cesse en vase clos, portées tous les jours à leur paroxysme. Ils n’ont pas confiance en eux-mêmes  et se vengent par des changements d’humeur maladifs, nuisant  à toute entente et causant des réactions d’affolements chez le citoyen. Par leurs insultes répétées, ils mettent aux prises des parents, des alliés et même des frères, tant il existe des idolâtres dans notre société. Ils continuent à nuire encore et encore à cette bonne terre, en l’esquintant et la paralysant, en éparpillant ses fils de par le monde, en la vidant pour mieux la dominer. En les écoutant, on croirait vivre une tragédie racinienne, où les intrigues se croisent et les complots se trament dans l’ombre. Les héros raciniens ne peuvent maîtriser leurs passions mais ils maîtrisent parfaitement leur langage et leur attitude. Têtes brûlées, coeurs de glace, oreilles bouchées, voici la description des politiciens qui retardent aujourd’hui l’entente et le rétablissement d’une patrie tiraillée par mille et un intérêts contradictoires.

Leurs programmes, aussi astucieux qu’ils soient, sont impossibles à appliquer dans cette ambiance de zizanie. Aucune nouvelle vision des choses n’est proposée. Aucune vigilance pour une  vraie acceptation de l’autre, pour un Liban nouveau, pour une reconstruction solide des institutions. Le triste bilan qui s’offre et le dénouement proposé, ne sont autres que des semblants de solution, du vent, un tissu de calomnie et de médisances répétées a satiété sur un ton monotone masquant bien mal  un baratin assourdissant. Cet autre qu’ils combattent, qu’ils accusent, est toute personne hors de leur clan. Voici l’atmosphère étouffante dans laquelle pataugent  les Libanais. 

Mais où est donc l’espoir, l’impérieux besoin d’en finir un jour? Quel avenir nous réservent ces grands seigneurs qui détiennent notre sort et qui ne font rien pour débloquer la situation ? Les Libanais sont fatigués et ne savent plus ou tourner la tête. En les écoutant prêcher nous nous sentons projetés hors du temps, à un stade primitif. Le monde évolue a grands pas sauf au Liban le temps s’arrête un peu plus chaque jour. Et pourtant il aurait été grand temps d’apprendre de nos fautes. Les trente années de privations et de guerres sont bien gravées dans notre mémoire collective.

Et dire qu’ils osent  évoquer, insinuer une possibilité de guerre, d’explosions faute de consensus, de préparatifs d’armements, de défense légale. Ils affirment même que ça pourrait être l’unique solution face à l’indifférence qui leur a été opposée, et à la non-satisfaction de leurs demandes! Comment oser suggérer de tels cataclysmes ? Comment ne pas condamner de telles  déclarations, de tels comportements ?

Faudrait-il encore se détruire mutuellement pour des intérêts personnels? Faudrait-il s’égorger un quart de siècle encore et anéantir sa propre espèce pour empêcher les autres de  gouverner ? Excusez–nous messieurs, vos doctrines sont moyenâgeuses et nous font peur. Cessez, messieurs, de rêver et redescendez sur terre, vous n’avez plus de place dans notre espace politique libanaise. Rendez- nous notre Liban d’antan avec tous ses défauts, son désordre, ses déprédations. Laissez- nous vivre, respirer, jouir. Et, savez-vous, vos réformes nous étouffent !

 Andree Salibi

6 octobre 2010

Le « Bajamisme »*

Publié par andreesalibi dans Liens

Le citoyen et le ministre,  En toute affaire ils ne font que songer
Aux moyens d’exercer leur langue.
Hé ! Mon ami, tire-moi de danger :
Tu feras après ta harangue. 
  
L’Enfant et le maître d’école DE LA FONTAINE  

Aviez-vous fait dernièrement le trajet Beyrouth ­-Jounieh, Jounieh-Beyrouth au volant de votre voiture? Cette voie rapide, qui nous prend de longues heures de conduite, qui nous  fatigue les nerfs, qui nous bouffe notre bonne humeur, qui nous rend dingues, fous, déments ? Aviez-vous été en contact avec ces libanais, oh combien nombreux,  malpolis, grossiers et inciviles ? Aviez-vous ressenti un dégoût, une répulsion et de l’amertume pour ce que le Liban  est devenu ?

Le « bajamisme », c’est une nouvelle tendance au Liban, propagée par et incrustée en la plupart des citoyens. C’est un fléau du trafic routier, la conduite incivile des conducteurs libanais qui se déplacent dans ce pays chaotique en l’absence effective de toute impunité. Ainsi nous assistons tous les jours à des accidents de la route dans l’indifférence totale. Et nous n’y pouvons rien !

Comment accepter autant de négligences et être indulgent avec les gens qui nous gouvernent ?

Ce triste mardi noir, le  barrage surprise à Jiyeh obligeant de gros engins à faire des arrêts sur cette voie rapide, était un acte déraisonnable. Bilan lourd : 8 tués et 21blessés. Le lendemain mercredi, et malgré les bonnes intentions des responsables, aucun changement n’a été constaté. Pas un seul agent de l’ordre n’était présent sur la plupart des routes, malgré l’ampleur de la catastrophe. Les véhicules roulaient comme tous les jours à des vitesses excessives, les camions- citernes  se lançaient par dizaines de la route côtière vers la route de Dora, en la coupant en largeur. Un trajet de fous, un film d’horreur, une corvée à fréquenter tous les jours.

 Ces gendarmes, même s ils se trouvent par hasard à la bonne place, ils ne font rien pour sanctionner les infractions. Un soir j ai été témoin d’une grave négligence de la part d’un  agent de l’ordre arrivé par hasard au moment propice. Il a osé tourner le dos devant une infraction flagrante et continuer son chemin. Affolée, j’ai tout de suite pris des photos et  menacé de les publier. Il m’a avoué son dégoût après les flots d’interventions « en faveur des auteurs d’infractions». Et pour conclure cet aveu : « Madame, depuis ce matin, je suis debout sous le soleil, je n’ai pas encore mangé, je n ai pas eu le temps de prendre ma pause, mais le soir, en rentrant chez moi je voudrais bien avoir la tête tranquille et ne craindre des représailles. 

Oui, la corruption et le désordre se sont  incrustés dans notre société et la rongent. Il faut beaucoup de mesures draconiennes pour exhorter le système sécuritaire à appliquer la loi. Mais Jusqu’ à quand le Liban va-il rester  à la merci de ces gens qui gouvernent et qui font son malheur ? Faudrait-il une dictature pour punir les éléments perturbateurs ? Comment remettre le pays dans l’ordre des nations civilisées?

Malheureusement l’Etat ne tend pas à faciliter la vie de ses propres citoyens, préférant  plaider d’autres causes et à mener d’autres combats. Nos politiciens se battent entre eux pour bien s’affirmer et mieux dominer. Ils abordent de temps en temps le sujet des problèmes, nous parlent de leurs bonnes intentions  et… ne font plus rien du tout. Mais pourquoi ne partent-ils pas tous, pourquoi restent-ils malgré leur inutilité ??

Il n y a plus d’excuses acceptables, le peuple est fatigué. Notre ambition ces derniers temps se ramène à obtenir d’arriver sain et sauf à  destination. Les chauffards conduisent de la façon la plus insensée, et mettent en danger nos vies sans le moindre respect ni la moindre crainte d’être pris en flagrant délit. Ils zigzaguent à des vitesses déraisonnables, surgissent de nulle part, entravent notre chemin, nous imposent de dégager la voie, quitte à franchir les murets qui longent les autoroutes. Malgré les embouteillages, ils klaxonnent pour nous obliger à avancer et se flanquent brutalement devant nous. Ils sont toujours pressés, ne font passer personne et n’hésitent pas à insulter ceux qui osent les retarder. Et puis ces voitures antiques, tombant en ruines mais qui réussissent quand même l’examen de la mécanique…Un service mécanique où règnent de bien étranges usages. Ce commerce chaotique de voitures d’occasion, exposées partout, qui se multiplient comme de petits pains. Ils envahissent nos routes et tous les espaces vides d’un  pays toujours privé de moyens de transports en commun. Ils  continuent à affluer tous les jours par milliers alors qu’il  n’y a plus de place pour circuler dans le pays, ni pour se garer. Ces motards sans casques, sans permis, qui roulent à contresens et glissent entre nos roues en faisant des pirouettes et des acrobaties qui nous terrorisent. Les autoroutes internationales mal conçues, privées de signalisations mais  parsemées de placards publicitaires qui déconcentrent le conducteur. Les permis de conduire que l’on décroche après un simulacre d’examen, quand ils ne sont pas délivrés, contre une somme d’argent. L’absence de tout éclairage sur nos routes, les phares des autres véhicules qui nous aveuglent, les  vitres teintées, ces camions qui causent des accidents mortels, surchargés, qu’ils sont et sans freins.

Oui chaque fois que nous sortons de chez nous, nous courons le risque de nous retrouver victimes d’un accident.  Nous réalisons que nous sommes à la merci de multiples dangers dans un pays sans foi ni lois. En circulant, nous renions notre patrie et les gens qui gouvernent, nous bannissons notre fierté, nous maudissons notre sort d’avoir espéré, d’avoir cru à la possibilité de changement.

Et bien non ! Nous refusons de mourir comme des chiens. Il faudrait que tous les responsables se décident à mettre le holà aux faveurs,  aux préférences, aux privilèges et à veiller a une stricte application de la loi.

Messieurs les responsables, ayez le courage de réprimer les excès de vitesse ; œuvrez sérieusement à doter le pays d’un système de transports en communs ;  trouvez des solutions et dénoncer les fauteurs de trouble. Que la sécurité routière soit une priorité aujourd’hui avant demain.

Andrée Salibi

* Le «  bajamisme » est un mot qui n’existe pas en français, il est dérivé du mot arabe « bajam », désigne toute personne imbécile, fière  de violer la loi, et fière de vivre dans un pays dépourvu de son État de droit. 

18 mars 2010

A la Dérive

Publié par andreesalibi dans Non classé

 

A la Dérive 

 

 Rien ne vaut la force de l’amour de l’homme pour sa terre, sa forêt, ses fleuves, ses montagnes, ses rochers, ses arbres ses oiseaux, ses pierres.  Jean-Marie Adiaff, Extrait de La carte d’identité 

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 Critiquer son pays, tous ceux qui y vivent et nous gouvernent devient pénible. J’ai médité là -dessus des semaines durant, sans résultat. Comment savoir dire, sans offusquer tout le monde, que ca ne va plus, que ca ne pourrait plus aller et qu’il faudrait changer les choses ? 

Nous entamons 2010 avec des désastres et des malheurs ; elle risquera d’être longue avec les milliers de familles endeuillées. Nous ne pouvons que nous recueillir devant leurs souffrances. 

Les politiciens libanais ont essayé d’agir, mais ils ont échoué par manque de professionnalisme et de compétence. Ils auraient pu mieux coordonner leurs efforts, unifier les mesures à prendre, les informations à donner pour éviter de dérouter les parents en détresse. La frustration du peuple grandit et le dégoût s’installe. On tait même les vérités pour telles et telles raisons nationales. 

La situation politique est précaire. Nous sommes choqués des menaces répétées de guerre. Nous manquons de solidarité entre nous et la tranquillité du Libanais n’est plus la priorité de l’Etat. Celles des Syriens et des Palestiniens importent plus. Certains responsables ne manquent pas d’éloquence, ni d’occasions pour plaider en faveur de ces pays. Notre dignité se trouve bafouée à chaque fois que nous les entendons. Le sort des prisonniers libanais disparus dans les geôles syriennes reste inconnu. Rien n’empêche ces responsables de reprendre le chemin de Damas. 

Gibran Khalil Gibran parle, dans son recueil Orages des « sages du pays » qui sont toujours présents pour apaiser les révoltes. Ils existent parmi les gens de mon pays. Ils interviennent à chaque fois que le soumis pense réagir pour se libérer. Ils sont toujours prêts à protéger, face à un excès de pouvoir qui étouffe, familial soit-il, patriotique ou religieux. Ils ont les citations, les mots qui apaisent sans guérir. Tout est dit pour rétablir le calme, cette obéissance aveugle, cette soumission qui maintient l’équilibre cruel de ce monde fou de la corruption. La femme « apprivoisée, amadouée » lutte face à son mari despote, les « sages du pays » les réconcilient mais sans la convaincre. Le peuple se soulève contre les gouverneurs insatiables, ils résignent le maltraité en lui disant que ‘’ l’œil ne peut rien contre la flèche’’ et aux croyants qui dénoncent les iniquités que subissent les démunis, face a l’indifférence du clergé, ils répètent les paroles de l’évangile : « Ecoutez leur parole, mais n’agissez pas comme eux ». Des démonstrations astucieuses pour protéger le mal qui ronge. 

Le Marquis de Sade, dans les infortunes de la vertu, parle de ces siècles corrompus, où le plus facile pour l’honnête homme est de faire comme les autres, de prendre place parmi les méchants qui prospèrent que parmi les vertueux qui périssent.  « En partant du respect qu’on nous a inculqué, rien n’encourage à suivre ce chemin, nous n’avons rencontré que des épines et les méchants ne cueillent que des roses ». Car dit-il la vertu reste faible pour lutter contre le vice. Le vol dans la société rétablit l’équilibre dans l’inégalité des richesses. Est-ce dans cette atmosphère d’égoïsme, que nous vivons aujourd’hui ? 

 Le contact avec les autres devient une hantise, une crainte et une appréhension. Les lois sont toujours inapplicables, incohérentes. Nous faisons du surplace et, si nous évoluons, c’est par de nouvelles magouilles et à reculons. Les années défilent devant nos yeux et l’Etat de droit est loin d’être établi. Nul ne daigne tenir compte du droit édicté. 

Oui, Le respect, la courtoisie et le savoir-vivre sont des notions oubliées dans notre société libanaise. Et pourtant ce sont les pilotis de toutes les nations. Nous assistons incessamment à des atteintes aux droits communs, devant l’indifférence de tous. 

 Le respect, ce sentiment noble, cette considération, cette estime en raison de la valeur qu’on reconnaît à l’autre, cette sollicitude en l’absence de toute revendication est oubliée depuis un certain temps. L’application de la loi de plein gré, par conviction, pour instaurer l’ordre et la sécurité dans la société, devient rare. Comment éduquer à nouveau à la citoyenneté et montrer la pertinence de cette éthique et surtout la remettre en pratique ? 

 Les négligences ont dépassé les limites du possible. Nous communiquons mal entre nous. Le langage est grossier et le comportement manque de tact. Les esprits sont devenus trompeurs et les intentions sournoises. Pourquoi les libanais deviennent-ils si arrogants ? 

Aujourd’hui, chaque Libanais se croit unique et libre de penser et d’agir indépendamment de ceux qui l’entourent. Tout est permis pourvu que les affaires marchent et que les plaisirs et intérêts personnels l’emportent. Qu’en est-il de nos fautes et de notre inertie en tant que citoyens responsables ? Qu’en est-il de l’éducation de nos jeunes, qui assumeront la continuité, de ces fauteurs et semeurs de troubles qu’on continue à protéger ? Qu’en est-il de cette incompétence généralisée, du manque de professionnalisme à tous les niveaux ? 

. Comment récupérer cette liberté de vivre, de penser, d’agir, d’écrire, de prier dans la dignité, en respectant celle des autres ? Quand est-il des bonnes relations entre les groupes, pour améliorer la communication et pour éviter le harcèlement ?  

Chez nous ceux qui commettent les infractions les plus folles lancent eux-mêmes des insultes à ceux qui les supportent. Ceux qui se retrouvent lésés sont stupéfaits de tant d’insolence et de grossièreté, mais n’y peuvent rien par manque de sanctions et d’applications strictes des lois. C’est la raison du plus fort qui l’emporte, qui empiète sur les droits et les libertés des autres. C’est avoir du style que de ne pas respecter la loi, de faire fi du code de la route, de commettre toutes les conventions imaginables, d’insulter l’agent de l’ordre s’il ose accomplir son devoir. C’est avoir du style de laisser traîner nos déchets. C’est avoir du style de nuire à notre réputation, de banaliser les documentaires qui parlent de nos négligences au Liban et dans toute la région (détritus de Saida). Chez nous, c’est pratique de polluer la mer, la nature, l’atmosphère, les lieux publics et les surfaces communes. C’est normal de s’emparer des biens des autres, d’oublier de consulter les gens concernés, de ne pas faire cas des propriétés, des hiérarchies et des classes sociales. C’est normal de fumer des dizaines de cigarettes dans des salles fermées, dans des écoles, et même dans des hôpitaux. Et tant pis pour les fumeurs-passifs, les asthmatiques, les malades. 

Tant de problèmes sérieux restent sans solutions. Des médecins charlatans, des dentistes filous, de faux diagnostics, des négligences professionnelles, des médicaments contrefaits, des victimes innocentes. Du harcèlement au travail, l’affectation du moral, le manque de loyauté vis-à-vis des employés … Et tant pis pour les opprimés, les asservis, les malades. 

  Pourtant tous les libanais sont est en quête d’une nationalité étrangère, donc d’une meilleure qualité de vie. 

Que tous ceux qui rejettent la loi, par leur indifférence, leur irrespect de l’ordre établi révisent leurs comportements. Nous sommes las, frustrés et dégoutés devant tant d’injustices. La justice est la valeur essentielle pour une qualité de vie meilleure. C’est elle qui adoucit les relations entre les hommes. 

En attendant l’application stricte des lois et l’édification de l’Etat de droit, pourquoi ne pas créer chacun dans son milieu un petit espace sain où l’autre serait respecté, où la liberté connaîtrait ses limites. Rendons notre quotidien moins pénible et moins décevant en changeant nos comportements égoïstes. Mais aussi, c’est à la société civile d’inculquer cette culture du respect en commençant par la famille, l’école, et les associations en tout genre.   

Combattons la transgression de la loi, la course au profit, les guerres qui ne sont que la recherche de la suprématie. Combattons les vraies causes de la mécanisation du monde, pensons au bien commun. Ce monde avance sans nous et le chaos nous étouffe. Brisons le silence, cassons la timidité. Œuvrons pour le changement. Ca suffit ! Notre pays va à la dérive. 

 

Andrée Salibi 

1 février 2009

Le Liban blanc

Publié par andreesalibi dans Non classé

Le Liban blancDIMAN-24

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